Swindler & Swindler

Significant Figures

Année
2019
Client
Royal society of chemistry
Agent
Folio Art

De 2019 à 2022, pour Chemistry World, magazine de la Royal Society of Chemistry — des chimistes que l'histoire a écartés, le plus souvent des femmes.

Les oublié.es de la chimie

Significant Figures est une série de portraits. Chaque mois, Chemistry World — le magazine de la Royal Society of Chemistry — racontait le travail d'un ou une chimiste dont les découvertes avaient été oubliées, minimisées, ou portées au crédit de quelqu'un d'autre : le plus souvent une femme, parfois un homme issu d'une minorité.

Il fallait dessiner, autour de chaque portrait, un cadre tiré de la science de la personne — les molécules qu'elle a nommées, les structures qu'elle a résolues, les formules attribuées à d'autres.

Portrait photographique de Julia Lermontova au centre d'un cadre ornemental gravé en noir et blanc ; la bordure intègre les symboles des métaux du platine qu'elle a étudiés — Ru, Rh, Pd, Os, Ir, Pt — et des structures moléculaires, surmontés d'une toque universitaire.
Portrait photographique ovale de Masataka Ogawa en costume victorien, enserré dans une couronne de laurier gravée à la plume ; trois médaillons et une petite vignette de bâtiment à coupole ponctuent le cadre.

Une commande mensuelle pour Chemistry World

La Royal Society of Chemistry est une société savante fondée en 1841, installée à Burlington House depuis le XIXᵉ siècle. Chemistry World, son magazine, tire à plus de cinquante mille exemplaires. La série a tourné de 2019 à 2022, mois après mois, en noir et blanc.

D'un bout à l'autre de la série, nous avons gardé la même règle : un portrait au centre, un cadre ornemental autour, deux couleurs. Un parti pris tenu d'un mois sur l'autre, jusqu'au dernier. Ce qui changeait, c'était la personne — et avec elle une autre discipline, une autre époque, un autre effacement.

Le cadre comme document

Margot a dessiné dans chaque bordure les éléments propres au sujet : un composé replié dans une volute, une structure moléculaire glissée dans une frise, un fragment de biographie passé en motif. Le cadre cesse d'être décor. Il devient le dossier de la personne — ce qu'elle a fait, condensé dans l'ornement qui l'entoure.

C'est là que la gravure trouve son emploi juste. Le trait fin, les ombrages en hachures, la densité victorienne : ces techniques savent contenir beaucoup d'information dans peu d'espace. Elles servent ici à inscrire une œuvre entière dans une bordure.

Ce qu'on ne voit pas au premier abord

Une partie du dessin se dérobe au premier regard, et c'est voulu : la formule pliée dans une vigne, le diagramme qui passe pour une arabesque, il faut s'arrêter pour les voir. Ce regard qu'on doit ralentir fait écho à celles et ceux qu'on a longtemps tenus à l'écart de l'histoire, et qu'on ne voit qu'en y revenant — leurs cadres aussi demandent qu'on les lise deux fois.

Le portrait de Sylvia Stoesser dans un cadre gravé en losange, tel qu'imprimé en haut d'un article de Chemistry World, en regard du texte sur deux colonnes.

Trois ans avec Chemistry World

Sur trois ans, la série a cessé d'être une suite de commandes pour devenir une collaboration. Mois après mois, les mêmes interlocutrices et le même travail de fond : une archive à lire, une vie à comprendre avant de dessiner. La relation avec l'équipe de Chemistry World s'est nouée dans cette régularité, et avec elle une confiance — celle qui permet de faire de chaque portrait mensuel un acte de réparation, et de rendre à chacune et chacun la place que l'histoire lui avait refusée.