Swindler & Swindler

Illustrer Noël en juin, c'est chaud !

Par Margot — 1 juin 2026 — 889 mots — 5 min de lecture
Comment un studio d'illustration prépare ses packagings de Noël en plein été — références d'herbier et musique de Noël pour les projets Next et Moët & Chandon.
Image de couverture pour l'article Illustrer Noël en juin, c'est chaud !

Comment je dessine du gui pendant que les cigales chantent

Il fait 30°C sur la terrasse. Les volets de l'atelier sont à moitié fermés pour garder un peu de fraîcheur. Sur ma table, un rameau de gui que j'ai cueilli en janvier et qui finit par poudrer un peu. À côté, des photocopies de planches d'herbier — feuilles ovales, baies translucides, les petites attaches qu'il faut bien comprendre pour les redessiner. Je travaille sur le kit Next de fin d'année depuis mai. Dans mes écouteurs, une playlist Harry Potter version Noël que je connais maintenant par cœur, mise en boucle au début du projet et jamais changée. C'est comme ça que je rentre dans l'ambiance.

ma madeleine de Proust de Noël

Le calendrier à l'envers

Le kit que je dessine pour Next cet été n'est qu'un point de départ. Une fois livré, leur direction artistique passera plusieurs semaines à le recomposer pour les vitrines, les présentoirs, les packagings et tous les supports marketing qui en dérivent. Ensuite l'impression. Ensuite la distribution. Pour que tout ça soit en boutique à temps, je livre maintenant.

Pour Moët l'année dernière, c'était dix mois avant la mise en rayon. On a commencé à dessiner début 2024 pour un coffret arrivé en rayons pour Noël. La fabrication du coffret avec sa dorure prend des mois, le marketing se prépare en parallèle, la production attend son tour.

branche de houx et short d'été.

Je dessine la neige avec les volets fermés

Le matin, je dessine de la neige. Je travaille sur un sapin dont les branches sont couvertes de givre, je place des pommes de pin, je décide si la baie de houx tombe à droite ou à gauche du rameau. Le soir, on charge les paniers sur nos vélos et on descend à la rivière. La Drôme est à dix minutes. L'eau est froide même en plein été. On mange dehors, il fait jour jusqu'à 22 heures, on rentre quand les chauves-souris sortent. Et le lendemain matin je reprends la neige.

Ce contraste-là, je ne le subis pas. Je crois qu'il fait partie du travail. Si je devais dessiner Noël en décembre, entourée de vrai houx et de vrais sapins, je dessinerais probablement ce que tout le monde voit. En juin, le houx n'est nulle part autour de moi — il faut le faire exister entièrement depuis les références. L'image se construit par le dessin, pas par l'ambiance.

A midsummer picnic on a burgundy blanket by a mountain river — baguette, wild herbs, glass bottle and wicker basket in the foreground, a figure wading across the shallow stream beyond.
A frost-covered Cornus sanguinea shoot — two leaves rimmed by fine hoarfrost crystals, the kind of winter botanical reference we work from.

Next : un houx qui ressemble à du houx

Le brief de Next pour Noël 2025 est arrivé via mon agent anglais Folio Art. Next ne voulait pas de scène ou de composition fermée. Juste des éléments séparés pour qu'ils puissent être ensuite recomposés à loisir en vitrines, présentoirs ou packagings. Une tranche d'orange. Un bâton de cannelle. Du houx. Chacun devait tenir seul, en noir sur blanc.

Ce que je passe le plus de temps à regarder sur ce genre de projet, ce ne sont pas des images de Noël récentes. Ce sont des planches d'herbier du XIXᵉ. De celles où chaque feuille est dessinée pour être identifiée. La forme exacte de la feuille de houx. Le motif d'écailles de la pomme de pin. Je pourrais passer des heures à les regarder ces planches.

Parce que quand un houx ressemble vraiment à du houx, l'image devient noëlique toute seule. Je n'ai pas besoin de pousser sur la saison. Elle arrive par la justesse.


Moët : la fête sans les codes

Sur le projet Moët de fin d'année 2024, c'était l'inverse. Le brief se basait sur leur programme de préservation de l'environnement Natura Nostra. Aussi, toute iconographie saisonnière attendue était interdite. Pas de houx, pas de gui. Il fallait une bouteille de fête qui se lise comme festive sans aucun signal habituel.

J'ai donc cherché ailleurs. Dans les gravures de dévotion du XIXᵉ avec leurs rayons de lumière qui s'ouvrent en éventail à travers les nuages. Dans de vieilles cartes célestes, ou encore un recueil d'emblèmes français de 1551.

Au final, la fête est arrivée par la lumière et par l'élévation. Des rayons de soleil éclatants qui donnent à la composition son air d'événement. Et des bulles, dessinées au sens propre, qui montent à travers toute l'illustration — comme l'effervescence de la bouteille enfermée dans le coffret. Sur ce genre de brief, le plus gros du travail se passe avant le premier trait. Dans ces semaines où je cherche juste par où la fête va arriver.

Édition de fin d'année 2024 de Moët & Chandon — soleil rayonnant, nuages et bulles ascendantes dans le registre Natura Nostra, illustration par Swindler & Swindler.
Moët & Chandon, 2024. La fête assemblée par la lumière et l'élévation, sans les clichés de la saison.

Je jardine, je dessine

Je jardine absolument tout le temps. C'est probablement la chose que je fais le plus en dehors de dessiner. En octobre, je commande les bulbes de tulipes. En février, je sème les premières sauges sous abri. Au printemps, je taille ce qui a fleuri l'année passée. Le jardin avance avec une saison de retard sur l'intention et une saison d'avance sur le résultat — ce que je plante maintenant ne se verra que dans six mois, ce qui fleurit maintenant a été décidé il y a six mois.

Margot crouching beside a garden planter, examining purple and pink flowers at close range — gathering live botanical reference in late-afternoon light.
Je jardine même chez les autres, avec des fourchettes.

Quand je suis remontée à l'atelier après le picnic d'hier soir, j'ai pensé que c'était exactement le même geste. Dessiner la neige en juin, ce n'est pas une bizarrerie du métier. C'est sa vraie temporalité. Quand le coffret Moët arrivera sur l'étagère en décembre, je serai déjà passée à autre chose — sans doute déjà sur le Noël d'après.